B.M.1979 - SURVOL DE L'HISTOIRE DU MENIL

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Située dans une ancienne vallée glaciaire s'ouvrant largement sur celle plus importante de la Moselle, la commune du Ménil née du rattachement des deux anciens villages du Ménil et de Demrupt a toujours connu d'étroits rapports avec ce que l'on appelle de plus en plus la Haute Moselle. Jusqu'à la Révolution, son histoire se confond d'ailleurs avec celle du ban de Ramonchamp qui regroupait toutes les localités de Bussang à Remanvillers.

 

L'Antiquité n'a pas laissé de vestiges suffisamment probants pour permettre d'évoquer une éventuelle présence humaine sur notre sol. Tout au plus, un mauvais chemin – non une véritable voie romaine – pouvait traverser ce territoire et relier la voie Metz – Bâle suivant la Moselle à la vallée de la Moselotte aussi sauvage d'ailleurs. Quelques toponymes " Les lieux Romains ",  " L'Inquemin " en seraient un souvenir.

 

Le Haut Moyen-Age voit la fondation en 620 du monastère de Remiremont qui sera le véritable moteur du développement de toute notre région. Saint Romary, héritier d'une famille  de grands propriétaires, lui léguera tous ses biens en particulier tout le haut bassin de la Moselle. Un long et pénible travail de défrichement va alors commencer, mené sans doute par des serfs que des personnages importants donnent aux moniales afin qu'elles prient à perpétuité à leur intention. Le nom Ménil, ne vient-il pas de mansionile qui désignait sur le territoire d'une abbaye généralement une petite exploitation établie sur les meilleures terres dominant une vallée où le monastère était installé.

Il faut cependant attendre – en l'état actuel de notre documentation – 1417 pour voir apparaître ce nom dans un texte où il est question " du Menil on parrochage de Ramonchamp ".

 

Tous les habitants du ban de Ramonchamp, donc les "Guédons" dépendaient de plusieurs seigneurs qui les jugeaient et à qui il fallait donner de nombreuses redevances (taille, cens, banalités) il s'agissait de l'abbaye puis chapître de Remiremont du duc de Lorraine – avoué des Dames c'est-à-dire leur projecteur – et de différents sous-avoués comme les familles de Riste et de Faucogney.

 

Après les troubles de la fin du Moyen Age (guerre entre la Lorraine et la Bourgogne par exemple) le XVIème siècle semble une période relativement favorable, à une augmentation de la population. La preuve : la multiplication des ascensements, concessions de terres moyennant un cens de quelques gros, à des habitants qui se sont installés sur des parcelles jusqu'alors inoccupées. Citons Claude BABEL en  1558, Anthoine PELTIER, Romain CHONAVEL en 1577. Ce mouvement d'expansion sera arrêté par les trois fléaux qui vont s'abattre sur toute la Lorraine à partir de 1630 : la peste qui sévit au Ménil du 28 octobre 1631 au 16 janvier suivant, la guerre qui contraint Nicolas THOMAS, meunier  de Demrupt " pour éviter destre tués comme beaucoup d'autres à se sauver  avec toute sadicte famille, ses biens  et meubles pillez, lesdictes moulins bruslez " (1634), et enfin la famine compagne habituelle des deux autres.

 

La reprise sera cependant assez rapide. En 1666, un rôle de contributions dénombre 10 maisons à Demrupt et 17 au Ménil, soit environ 150 habitants. La pomme de terre faisant son apparition à  la fin de ce XVII ème siècle va permettre d'améliorer considérablement les menus et faire disparaître le spectre de la famine ; si bien que 1250 habitants sont recensés au moment de la Révolution. Cette augmentation progressive aménera la population jusqu'alors dépendante du seul curé de Ramonchamp à réclamer et à obtenir la permission de construire une église (terminée en 1735).

 

La principale activité économique sera longtemps l'élevage.

Un mémoire rédigé en 1785 pour protester contre une tentative d'accaparement de communaux par un particulier de Remiremont évoque 5 à 600 pièces de bétail parcourant journellement le terrain contesté ( LAULA ) et appartenant à des habitants du Ménil, Demrupt, le Prey et Fresse. " on cultive peu la terre  si ce n'est dans quelques endroits trop escarpés pour que les bestiaux  y puissent arriver ". La forêt constitue pour quelques uns une ressource complémentaire, on y fabrique des planches (mention d'un chasal de la " vieil scye du mesnil " en 1577), des " charpaignes ", des exendres " pour couvrir les toits…

 

La Révolution qui fit disparaître le Chaître de Remiremont et les nombreuses redevances seigneuriales reste surtout marquée par l'exécution, pendant la Terreur, de l'abbé Dominique CLAUDEL, curé du Ménil de 1759 à 1791. La guerre presque discontinue jusqu'à la fin du PREMIER EMPIRE vit également mourir sur les champs de bataille de toute l’Europe bien des jeunes " Guédons ".

 

Au XIXéme siècle, la population atteint son maximum, 1624 habitants sont dénombrés en 1851, grâce en particulier aux premiers tissages (en 1845, on en compte 3 (Bluch – Brand – Noël) qui emploient 190 ouvriers au total). Ces usines vont se développer, puisant leur main-d'œuvre dans le trop plein de la population agricole. Elles profitent de la perte  de l'Alsace et de l'expansion coloniale jusqu'à ce que des crises de plus en plus graves le vieillissement du matériel mais aussi des dirigeants obligent certaines à fermer leurs portes.

 

La fin de la seconde mondiale sera une période particulièrement fertile en évènements. Un maquis est créé au Peu-Haut en 1944. La même année voit le front se stabiliser pendant plus d'un mois dans notre secteur et il faut de durs combats très meurtriers pour que le Ménil soit dégagé le 21 novembre.

 

Et aujourd'hui ? Après un déclin qui semblait irréversible, marqué par le départ de très nombreux jeunes, la disparitions de beaucoup d'exploitations agricoles, qui faisait baisser la population jusqu'à 826 habitants seulement en 1975.  Depuis cette dernière date cependant le mouvement s'est complètement renversé. Le Ménil s'est enrichi de nombreuses familles travaillant souvent dans les communes voisines mais qui ont choisi notre site agréable pour y construire leur maison. Si le centre a surtout profité de cette évolution, les  "Hauts " connaissent aussi d'intéressantes expériences de remise en valeur.

 

J.A. MORIZOT