B.M.1980 - LES MOULINS DE DEMRUPT

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Avant l'apparition de l'industrie, l'agriculture était l'activité principale de toute la région. Des moyens de transports insuffisants ne permettaient pas de compter sur des zones plus favorisées pour  s'approvisionner en grains nécessaires à la fabrication du pain, base essentielle alors de l'alimentation. Aussi pratiquait-on la polyculture, alliant l'élevage à la culture du seigle, de l'orge et du sarrasin, plus tard de la pomme de terre. (En 1845, Le Ménil comptait 352 hectares de terres labourables pour 1517 habitants). Dès le Moyen Age, chaque seigneurie fut dotée d'un ou plusieurs moulins appartenant au seigneur qui en tirait profit au moyen des fameuses banalités. Le ban de Ramonchamp dont faisaient alors partie les deux villages séparés du Ménil et de Demrupt comprit ainsi trois moulins à Saint-Maurice, Le Thillot et enfin Demrupt.

 

Nous ne connaissons bien ce dernier qu’à partir du XVII ème siècle grâce aux archives du chapitre de Remiremont. Les comptes de la Fabrique de ce dernier renferment les mentions suivantes : comptes  de 1630 –" les  moulins et battants bannaulx de demrut appartenant à S.A. pour la moitié contre la dicte église pour l'autre  sont admodiés suivant la réduction du seizième au vingt-quatrième pour la quotte de moulture… à la quantité de 24 resaulx bled seigle mesure de Remiremont comme il appart par le bail passé et représenté au compte dernier huitième febvrier 1630" – le meunier était alors Nicolas THOMAS qui devra s'enfuir en 1634" à l'occasion des passages des armées qui avaient contraint ledict Thomas sa femme et famille ses biens et meubles pillez, lesdict moulins bruslez qui deslors ont demeurez inhabitez et vagues".

 

Le moulin ne fut rebâti qu'au début des années 1640, le nouveau meunier étant Demenge brice de Xoarupt – Parmi ses successeurs citons Nicolas Thomas en 1667, Nicolas Chevrier en 1700, Constant Mourot en 1880.

 

Décrivons maintenant ce moulin appartenant "par indivis" au duc de Lorraine et au Chapitre de remiremont. Un document daté probablement de 1777 nous apprend en effet ce qui suit : "Au moulin de demrupt (situé à l'emplacement de l'actuelle usine "Kohler") sont deux tournants dont l'un pour le moulin à meules blanches et l'autre pour le battant à  millet. Le bâtiment du moulin a 33 pieds de longueur sur 30 de largeur, sous lequel sont une cuisine et un poêle de chacun dix pieds sur huit.

Il n'y a pas de cave, écurie engrangement ni terre dépendance dudit  moulin. La vanne prend au ruisseau de demrupt, elle est formée de bois de sapin et a six toises de longueur.

Le canal a 118 toises de longueur sur 10 pieds de largeur (1).

A côté du moulin est un petit bâtiment de 12 pieds en quarré pour le "Zide" (?)

Le nombre des sujets à la banalité est de 200 qui payent au 24ème le droit de mouture.

Le prix du bail du moulin de Demrupt est pour la part du domaine de la somme de 300 livres" – Le chapitre de Remiremont avait droit également à la même somme).

 

Le 2 mai 1792, cet ensemble de bâtiments fut vendu comme bien national. Estimé 1500 livres, il fut adjugé 5375 livres à Gengoult ROUSSEL de Remiremont. Nous ne savons pas quand le moulin de Demrupt cessa toute activité, certains habitants du ménil pourraient certainement nous le dire puisqu'il existait encore il y a un siècle.

 

J.A. MORIZOT

 

(1) la toise de Lorraine valait 2m859, celle de France 1m949 ; la première contenait 10 pieds, la seconde 6 seulement.