B.M. 1987 NOTRE PATRIMOINE L'EGLISE SAINT BLAISE

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Le XVIIIème siècle a été marqué par une véritable explosion démographique particulièrement sensible dans notre région. Le Ménil, alors séparé de Demrupt, passe de 21 ménages en 1698 à 41 en 1741. La taille des familles s'accroît de façon inhabituelle jusqu'alors citons celles de Demenge LOUIS, Antoine PELLETIER et Grégoire THOMAS qui comptent chacune 7 enfants en 1698. La première conséquence de cet accroissement de la population est l'extension de la surface exploitée, on dirait aujourd'hui la "surface agricole utile". De nouveaux espaces sont cultivés. En 1722 le sieur Maire, médecin de Remiremont a obtenu un acensement (1) de 25 arpents à la "Keismuss" (Kinsmuss) sur lequel une maison est érigée. En 1738, le 3 janvier, 35 jours de terre sont attribués, toujours à titre d'acensement, aux faignes des huttes. Une carte réalisée cette même année montre un grand carré défriché en ce même secteur.

 

Cet éloignement rend de plus en plus difficile l'exercice du culte dans l'immense paroisse de Ramonchamp aussi comprenons nous le désir des  habitants du Ménil, auxquels s'associent ceux de Demrupt, d'obtenir la construction d'une église desservie par un curé résidant. Le 11 avril 1733 les commis et les habitants des deux communautés délèguent Pierre LAURENT et Luc NOEL à Toul pour présenter une requête à"Monseigneur l'Evêque", lui exposer "l'éloignement d'une lieue pour ceux qui sont le plus voisins de la paroisse (de Ramonchamp) et de près de trois lieues pour ceux qui ont leurs habitations dans la montagne qui sont au nombre de plus de cinquante familles, la difficulté des chemins pendant toute l'année et notamment pendant l'hiver lorsque la terre est couverte de glace et de neiges de la hauteur de 5 ou 6 pieds et enfin les accidents qui arrivent tous les jours par l'éloignement du curé qui ne peut avenir à temps pour administrer les sacrements aux malades". La permission étant accordée, le 30 mars 1734  a lieu la bénédiction de la première pierre par le curé de Ramonchamp, Claude Joseph CORIZOT, doyen du doyenné de Remiremont accompagné de ses  deux vicaires Joseph Melchior PERRIN et Claude ABEL. En même tems est ratifié "d'une voix unanime" le choix de Saint BLAISE comme patron et protecteur spécial de ladite église du Ménil. L'emplacement avait été choisi le 23 octobre précédent, il s'agissait de terrains fournis par Sébastien et Dominique THOMAS au pré Badez.

 

Cette pierre fondamentale a été posée par M. Corizot Curé et doyen de Remiremont, Saig (neur) du Champ St Blaise Patron 1734 P.Laurent Syndic.

 

 

Le 24 Novembre 1733, les procureurs des communautés s'entendaient avec l'entrepreneur Florentin VIRIOT originaire d'Epinal mais alors résidant à BUSSANG où il y construisait une église. Ce dernier s'engageait à construire les murailles avant la fin du mois d'août 1734 pour la somme de 4000 francs. Les pierres d'angle de la tour, du chœur et de la nef furent fournies par Jean Claude LAMBOLEY le vieux de Beulotte Saint Laurent. La toiture était en bardeaux de bois.

 

Il fallait aussi meubler l'intérieur de l'église. Sébastien et Dominique les THOMAS se virent confier la fabrication de l'armoire de la sacristie, les peintures du chœur, les boiseries du Grand autel, c'est un sculpteur doreur d'Epinal. Himbert JEANDEL qui fut chargé de réaliser le tabernacle qui devait être orné d'anges au manteau doré, à la robe argentée, la porte du tabernacle comportant " un sauveur tenant à la main le monde et l'autre la bénédiction, le tout doré".

Une cloche fut achetée à Bâle pour la somme de 210 écus "d'argent de France" et livrée le 15 avril 1735. Elle fut montée par les frères THOMAS déjà cités. Il fallut la refondre en 1788 à la suite d'une fêlure. A partir de septembre 1735, les travaux étant terminés, on peut célébrer la messe, se marier, baptiser et enterrer au " Ménil la nouvelle église". La première personne enterrée dans le cimetière qui entourait l'église, fut le 5 septembre 1735, Marie THOMAS, veuve d'André PHILIPPE. (2)

Le presbytère fut construit immédiatement après par le même entrepreneur ainsi que la première maison d'école.

 

PLAN DE LA PREMIERE EGLISE ET DU CIMETIERE EN 1844.

 

 

L'entretien de l'église nécessita de nombreuses réfections qu'il n'est pas question de citer ici, nous mentionnerons seulement celles qui eurent lieu en 1793, en pleine Révolution ; en raison de la toiture défectueuse, de nombreuses gouttières étaient apparues qui dégradaient les ornements. Il fallut remplacer 56 toises de toiture, de nombreux chevrons et des planches pour une somme de 560 francs. L'ornementation comprenait en particulier une "image de la Vierge" achetée par la Congrégation des filles, deux statues, une grande et une petite, de la Vierge qui furent " raccommodées" avant 1791 par Jean Jacques COLLE sculpteur à Fresse.

 

Le cimetière entourant l'église à l'origine  dut être agrandi en 1854 puis supprimé à la fin du XIXème siècle car trop rapproché des habitations apparues peu à peu à proximité mais aussi parce que le sol était saturé d'eau ou rempli de rochers. Malgré les oppositions, il fut transféré par délibération municipale du 2 mars 1890 " aux champs de la  forge " où il se  trouve aujourd'hui (3).

 

L'aspect de l"église elle-même fut modifié de façon importante en 1898. Le 14 février de cette année, le conseil municipal, présidé par le Maire Charles TREMSAL

Considérant qu'il est urgent de pourvoir à la restauration de l'église paroissiale de cette commune" votait une somme de 10 500 francs " pour la réalisation des travaux prévus par Mr SALMON architecte à Goncourt : apparition d'un transept, modification du chœur, construction de voûtes. La nouvelle église fut bénie le 29 août 1899.

 

En 1903, pour harmoniser le style de la nef avec celui du chœur récemment construit, on donna aux fenêtres un cachet gothique en les exhaussant et en remplaçant le plein cintre par l'ogive. Ces fenêtres furent en outre ornées de grisaille. En même temps furent placées les stalles et les boiseries du chœur.

 

En 1905, il fut nécessaire de refondre la cloche moyenne fêlée le jour de Noël 1904.

 

La flèche du clocher n'a pas toujours eu la forme que nous lui connaissons actuellement. Les cartes postales de la couverture de ce bulletin montrent les modifications survenues en 1920. En janvier,  il fallut d'urgence démolir l'ancienne flèche " en raison de son état de vétusté " ; le 9 mai, le Conseil municipal alors présidé par le Maire Auguste RICHARD acceptait le plan et le devis établis par l'architecte Mr HINDERMEYER et confiait la réalisation de la nouvelle flèche à Mr Antoine MACCECHINI.

L'ensemble des travaux était évalué à 26 880 francs.

 

En 1924 des travaux de restauration demandés par le curé THIEBAUT venaient compléter cette reconstruction du clocher : les 3 portes extérieures. Le dallage et le plafond du porche, le parquet d'une sacristie, des tambours aux petites portes, des menuiseries dans les sacristies, de nouveaux bénitiers, la révision de l'éclairage électrique…

Les combats de la libération n'épargnèrent pas l'église. Le clocher, les vitraux, les portes notamment durent subir d'importantes réparations heureusement couvertes par " les dommages de guerre".

En 1967 – 1968 de nouveaux travaux d'aménagement furent entrepris sous la direction de l'abbé JOLY :

 

- mise en place d'un nouvel autel dans le chœur en granit gris, il est l'œuvre de l'entreprise DEMANGE de la BRESSE.

Il fut consacré par Monseigneur VILNET, évêque de Saint Dié, le 18 février 1967, qui y plaça des reliques de Saint Siméon Martyr.

 

- scellement de la " Dormition de la Sainte Vierge" dans le transept droit (4).

 

- consécration d'un nouvel autel de la Saint Vierge dans le transept gauche, contenant des reliques de St ELOPHE (juillet 1968).

 

Pour être complet signalons les travaux de ces dernières années :

Peintures intérieures, étanchéité du clocher, ramées de la façade.

 

Sources : archives communales – archives départementales (302.04) – anciens bulletins paroissiaux – bulletin Haute Moselle n° 9.

 

 

NOTES :

(1) Un acensement était un espace défriché dans les forêts, concédé par les possesseurs du sol (ici le Duc de Lorraine) à des individus qui devenaient " propriétaires " de l'immeuble et qu'ils pouvaient donc céder à leurs descendants (G. SAVOURET. La vie pastorale dans les Hautes Vosges).

 

(2) Auparavant, les " Guédons" étaient enterrés dans le cimetière entourant l'église de Ramonchamp, centre de la paroisse.

 

(3) Le cimetière entourant l'église du Ménil disparut entièrement en 1898 – 1899 avec le nivellement décidé par la Municipalité en novembre 1898. lors de récents travaux d'assainissement, de nombreux ossements ont été mis à jour dans le secteur.

 

(4) cette "Dormition de la Sainte Vierge" est un bas relief qui a été daté par le Chanoine LAURENT du XIVème siècle ou au plus tard du début du XVe siècle. Il a été donné à l'église du ménil par M. COURTOIS.