B.M. 1989-1990 LA VIE QUOTIDIENNE SOUS LA REVOLUTION

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Le 27 septembre 1792, à quatre heures de l’après-midi décédait « à son domicile écrasé sous la ruine d’une partie de sa maison et sans sacrement Alexis LOUIS, commerçant citoyen et paroissien, originaire du Ménil, marié en premières noces à Anne Catherine NICOLAS, originaire de Vagney et paroissienne dudit Ménil, sa survivante, âgé d’environ 55 ans. Son corps après avoir été visité par les officiers du canton du Thillot a été inhumé le lendemain de son décès dans le cimetière de cette paroisse… à six heures de l’après-midi » (1)

 

Alexis LOUIS, qu’il ne faut pas confondre avec un autre Alexis LOUIS, régent d’école ou instituteur au Ménil à la même époque, exerçait tout à la fois les professions de boulanger et de conducteur de filature de coton – nous verrons plus loin en quoi consistait cette activité – et habitait au devant même de l’église. En janvier 1790,  le tribunal du baillage de Remiremont avait prononcé la séparation de corps et de biens avec son épouse Anne Catherine NICOLAS, et le partage de leur communauté venait juste de se terminer lorsque se produisit l’accident fatal.

 

A la suite de cet évènement tragique, Charles Ambroise MOREL, notaire à Remiremont vint faire un inventaire détaillé des biens meubles délaissés par le défunt en présence des frères et beaux frères de ce dernier : Nicolas LOUIS du Frénat, Jean Pierre LOUIS de la Colline de Travexin, Jacques GRISVARD, époux de Jeanne Marie LOUIS de Cuacôté et Jean Joseph PELTIER, époux de Marie Rose LOUIS de Travexin qui représentait les intérêts de Joseph LOUIS, autre frère parti à Saint Dominique aux Antilles depuis 28 années, et Marie LOUIS, fille majeure à la Malcôte.

 

Ce document retrouvé récemment permet de pénétrer à l’intérieur d’une maison de l’époque, d’en connaître l’agencement et les multiples objets usuels de la vie quotidienne (de la vaisselle aux vêtements). Il convient cependant de noter que les activités d’Alexis LOUIS lui conféraient une certaine aisance et que peu d’intérieurs « guédons » d’alors recélaient une telle variété.

 

(1)   Extrait de l’Etat Civil du Ménil

 

 

Inventaire des meubles, effets… délaissés par Alexis LOUIS vivant négociant au Ménil. Fait le 14 octobre 1792 :

 

A la cuisine :

- une pelle à feu avec pince, deux petits tire-braise,

un chenet de fer, un tourne broche avec sa broche en fer,

et une pelle à rot,

 

- un cramaille (crémaillère) de fer en chaisson,

 

- une bande de lard entamée du poids d’environ 30 livres,

 

- une tac à fourneaux,

 

- deux gros pots, une tourtière, une casserole et une chaudière

le tout de fonte, un pot de can en fer blanc, un cuit pomme

aussi de fer blanc, une lanterne, une boëte, un salier

encore de fer blanc…

 

- une lampe de cuivre, deux avirons,

 

- deux crédences de bois de hêtre et sapin l’une à deux

volets fermant à clef et trois tiroirs et l’autre seulement

en tablette,

 

- cinq assiettes de faïence, cinq grandes terrines de terre,

Un galon, six cuillères à pot en bois et une de fer, un

Arrosoir de fer blanc, un seau cerclé en fer, une hache

Sans manche, quatre chaises en bois, trois charpagnes, un

Panier à bouteille et un coffre de bois sapin.

 

Fait le 15 octobre 1792 :

 

Au poêle :

- une horloge en bois avec ses poids de fer,

 

- deux tables dont une grande en bois de plane et sapin

Et une petite en bois de noyer, une autre vieille table aussi en sapin,

 

- un Christ en cuivre qui s’est trouvé cassé,

 

- une balance avec treize poids tant de fer qu’en cuivre…

 

- un fauteuil simple en bois, cinq chaises de paille et une de bois, neuf vieilles corbeilles, deux bancs de bois sapin, une maix à pétrir avec son pied et une cuvette dans laquelle il y a environ dix livres de sel,

 

- un lit garni excepté les rideaux et composé d’un mauvais matelas  garni de crin et d’étoupe d’une mauvaise bale de coton, d’un mauvais plumon de toile d’étoupe garni de plume avec sa taie toile de chanvre et coton d’un drap toile d’étoupe et deux mauvais traversins toile d’étoupe,

 

- un matelas de crin composé de toile d'étoupe peinte en bleu rayé, une couverte piquée en toile de coton rayée rouge et blanc et d’une toile detoupe en dedans garnie en laine et coton, et une bergère.

 

Dans une grande armoire de bois sapin à 2 volets fermant à clef ont été inventoriés :

- 6 draps toile d’étoupe, 7 grandes tayes même toile d’étoupe, 7 grandes tayes… une douzaine de chemises à l’usage du défunt et de plus trois autres chemises toile de coton et chanvre… 9 cols et 2 paires de fausses manches,

 

- 5 nappes, toile mêlée tant en coton qu’en chanvre, 10 toyettes en traversin de toile mêlée, 15 serviettes nappées de coton, 5 serviettes toile de chanvre…

 

- 4 coiffes de nuit, un petit tas de mauvaises guenilles, 2 autres serviettes… 9 paires de bas de coton et une paire de soie grise, 2 paires de culottes et 4 gilets en piqure de Marseille, 1 tablier de cuisine, 4 gilets tant en drap coton broché et étaminé, 2 habits de coton rayé bleu dont l’un est usé avec 2 pantalons de toile,

 

- un autre habit de coton croché, un habit de drap couleur de chaire garni de boutons soufflé jaune, un autre habit de drap couleur brun, un pantalon de ratine et une paire de culotte de velours de Suisse,

 

- un tapis de table en laine et coton, un dessus de damas vert à l’usage d’une bergère, deux mauvais rideaux, 5 plotes de coton, 2 baguettes remplis de fil retord, 2 livres et demi fil de lin à demi blanc… une boite contenant différents bouquets, deux vierges encadrées en garniture du reposoir de la fête Dieu, une ceinture en cuir et une bourse de coton, un pot de terre…de saindoux, un fusil, un baromètre…

 

Dans une commode placée au poêle :

- une paire de pistolets,

 

- une paire de grands rideaux,

 

- deux mauvais chapeaux,

 

- un cuir à repasser les rasoirs, 1 pince, 2 mouchettes, 1 cadenas, 2 clef, 1 mesure de fer blanc d'un demi septier, 1 petit livre de dévotion très déchiré…

 

- 1 ardoise avec son cadre, 6 livres (concernant les affaires du défunt).

 

Dans une armoire en sapin placée derrière la porte du poêle avec un volet fermant à clef :

- une paire de chandeliers avec ses Baubeches (?), le tout en cuivre jaune,

 

- 23 bouteilles,

 

- 34 pièces de fayance y compris les assiettes en terre de pipe,

 

- une poudrière à mettre de la poudre à tirer,

 

- un moulin à " caffet", une boête de fer blanc avec le peu de poivre qui est dedans, et trois petites mesures, trois entonnoirs le tout en fer blanc,

 

- une petite bouteille empaillée, un huilier de fayance avec ses deux burettes, treize gobelets de verre, une salière de verre, un pot de terre contenant du genièvre et enfin un autre pot de terre dans lequel il y eut du miel,

 

- un poids de fonte pesant douze livres et une demi-livre en cuivre,

 

- les cuillères et les fourchettes au nombre de 19 fourchettes et 3 cuillères, un couteau,

 

- deux écumoires à manche de bois, une petite cuillère, un petit compas, un petit fusil en acier pour aiguiser les couteaux, une petite casserole d'airain à trois pieds,

 

- une balance de fer, une petite brosse,

 

- quatre paires de carde dont trois sont estimés l'autre appartenant à la manufacture de bas,

 

- une vieille  capote de drap bleu.

 

En la chambre au dessus de la cuisine :

 

- deux bois de lit, un fauteuil et une chaise.

 

En la chambre au dessus du poêle :

 

Dans une huge bois sapin fermant à clef :

 

- un flacon en fer blanc propre à mettre de l'huile,

- une grande chaine et une corde, environ un demi imal de pois,

- une grande scie,

 

(Toujours dans ladite chambre)

 

- environ 3 quartes d'orge et un petit tas de fèves sèches, et un petit tas de vieux fer et une baguette de fil de fer,

 

- une vieille table de bois plane et une cage tournante…

 

- une petite armoire bois sapin,

 

- quatre mauvais bois de lit réunis en 2 pièces.

 

En la grange s'est trouvé :

 

- un vieux coffre bois sapin, un cuveau de lessive.

 

Sur les greniers à foin s'est trouvé :

 

- un tas tant foins que regains environ 6 milliers (18 livres le mille),

 

- environ un cent de paille, environ deux milliers d'écendres.

 

 

 

A l'écurie s'est trouvé :

 

- un vieux cheval entier hors d d'âge, les harnais, la seille et la bride,

 

- une vache sous poils noirs aussi hors d'âge,

 

- deux vieil fitals (futailles ou tonneaux) à mettre des choux.

 

Dans la remise au dessus de la maison s'est trouvé :

 

- un cabriolet à l'usage du défunt et monté sur deux roues, un char sans roue à l'usage du même cabriolet avec des échelles, une monture de derrière de chariot sans roue, un autre avec les deux roues, deux autres  vieilles roues ferrées,

 

- une meule avec sa monture, avec le bois propre à brûler qui peut se trouver autour de la maison,

 

- un vieux charriot sans timon ni limonière à 4 roues dont 2 ferrées,

 

- un tas d'acheaux brasée (chaux) avec un tas de sable,

 

- 13 pièces de bois de marnage de différentes espèces et écarissage et longueur…

 

- plusieurs tas de planches tant en latrage qu'autrement,

 

- deux autres roues ferrées, deux formes de vitre avec les vitres garnies en verre et en petit bois, leurs ferments et volets avec un manteau de cheminée le tout provenant de la ci-devant maison du Saint mont…

 

- deux tas de pomme de terre tant à la grange qu'à la cuisine d'environ trois réseaux.

 

Au jardin potager qui est au devant de la maison et celui au dessous de l'église, estimé les 2 pour tout ce qui y est emplanté et en faire la récolte 15 sols :

 

- les carottes qui sont dans un champ dit à la baraque Jean Thomas, y compris les navets,

 

- toutes les pommes de terre dans le champ du battant pour en faire la récolte,

 

- un petit tas de fumier non estimé, étant destiné à remplacer celui que le défunt a emprunté de Dominique Noël meunier.

 

Il nous a été déclaré qu'il appartient défunt un tas de foin et regain en la ferme du Culet côte, contenant environ 3 milliers…

 

Tous les meubles ainsi inventoriés devaient être vendus le mercredi 17 septembre par le greffier de la municipalité, Nicolas BRIOT.

 

Il restait encore à évaluer les samedis et dimanche suivants les dettes actives et passives ainsi que les propriétés.  La place nous manque pour les présenter ici.

 

 

Signalons cependant l'existence d'un "livre contenant les filles et cotons que le défunt avait distribué à différend particuliers pour la filature lequel livre contient 358 feuillets relié en peau…" Lequel livre fut laissé entre les mains de Jean Pierre LOUIS " à l'effet de faire la rentrée desdits cotons et filles (Fils)".

 

Cette activité  de commissionnaire est précisée dans le chapitre de l'inventaire consacré aux dettes passives ; on y lit en effet : "Par traité intervenu le cinq octobre 1790 entre le défunt et les administrateurs de la Manufacture des écoles royales et atelier de Charité de Barre Leduc (Bar le Duc) (2). Ledit défunt s'est chargé de faire filer des cotons pour leur compte aux clauses, charges et conditions portées audit traité, il leur est par conséquent comptable de tous ceux qu'ils lui ont confié ainsi que des sommes qu'ils lui ont  adressé ; …"

 

659 livres 10 onces de coton et de laine devaient encore revenir à la manufacture de Bar le Duc qui versait 54 sous par livre filée. Joseph FRANCOIS, marcaire à Bussang, qui avait travaillé précédemment pour le défunt offrait "de faire sa propre affaire de la filature dont il s'agit tant envers les fileuses qu'envers la manufacture…" ; la proposition jugée très avantageuse, fut acceptée par les héritiers et Joseph FRANCOIS reçut les livres, cotons et états afin de poursuivre la besogne d'Alexis LOUIS.

 

Biens immeubles appartenant au défunt :

 

- une maison avec fontaine, aisances… à la Malcôte avec une bande de pré

appelée au Patureau de 2 jours 7 omées 23 verges (héritée de son père Pierre

LOUIS en août 1791),

- la moitié de la maison devant l'église,

- une pièce de terre tant en pré que champ au Batant,

- un petit carreau de jardin dit à la baraque,

- un champ à la goutte du Tartre d'environ une quarte et demi.

 

 

 

 

J.A MORIZOT

 

 

 

 

(2) Importante manufacture créée en 1770 par deux chanoines de Bar le Duc et installée dans le château de cette ville. La main d'œuvre était constituée d'enfants et d'adolescents de la ville et d'autres choisis à l'hôpital des enfants trouvés de Nancy qui pouvaient y obtenir un brevet de maîtrise.

(Ch.Aimond, Histoire de Bar le Duc)