B.M. 1990-1991 LA POPULATION DU MENIL A LA FIN DU XVIIè SIECLE

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La réalisation du dernier recensement nous a donné l’idée de faire un retour en arrière de trois siècles, et de publier le premier recensement réalisé en Lorraine. En 1698, en effet, à la suite d’une pénurie de grains, le duc Léopold, récemment, rentré dans son duché longtemps occupé par la France, décide de faire réaliser une véritable enquête sur les réserves existantes au domicile de ses sujets. Nous avons retrouvé, aux archives départementales de Meurthe et Moselle, les résultats de cette opération dans la région de Remiremont, en particulier au Ménil et à Demrupt qui constituaient alors deux communautés séparées. Nous y avons ajouté quelques renseignements complémentaires glanés au cours d’autres recherches.

 

Les familles dénombrées constituent la souche de la population de  notre commune. On y retrouve en effet de nombreux noms bien connus. Les professions ne sont malheureusement pas mentionnées dans le document publié. Il faut utiliser les autres sources (registres paroissiaux, minutes notariales) pour les retrouver. Reconnaissez qu’alors le travail de la terre et l’élevage étaient l’occupation principale et qu’on pouvait y ajouter une activité particulière (charpentiers – sagards – cossons…) essentiellement pratiquée pendant les longs hivers. On remarque que la taille des familles s’est accrue, phénomène nouveau qu’explique l’explosion démographique du XVIIIe siècle, 9 enfants chez Nicolas THOMAS, le jeune de Demrupt, 8 chez Antoine DEMANGE du même lieu, 7 dans plusieurs autres foyers. Les remariages, fréquents alors en raison d’une espérance de vie limitée, peuvent accroître fortement la taille de certaines familles comme celle de Nicolas CHEVRIER qui, ayant eu 8 enfants d’un premier lit, en ajoute 6 après avoir convolé en secondes noces avec Pierrotte HACQUARD.

 

LE MENIL

Chefs de famille

Conjoints

Enfants

Superficies cultivées et réserves

Compléments

Anthoine PELLETIER (1)

1

7

Sème ½ jour (2) point de grain de reste

Laboureur, Champs de la forge, « Clos du Heuchot »

Remy, son « nevé »

1

3

Laboure ½ jour, point de grain de reste.

 

Nicolas PHILIPPE , fils de Claude

1

 

Point de grain de reste

Manouvrier, marié en 1691 à Jeanne Marie CHEVRIER ; Champs de la forge.

Veuve Jean Louys (Jeanne Gavoille)

 

2

Mendians

 

Mathieu CHONAVEL

1

2

Mendians

 

Antoine PHILIPPE

1

Nouveau marié

 

Laboureur « au clos Delot Chonavel »

Demenge LOUYS

1

7

Laboure 1 jour, n’a que pour semer

Laboureur, tisserand.

Grégoire THOMAS

1

7

A ½ résal d’orge

Laboureur

Nicolas NOEL

1

2

Mendians.

 

Dominique PELLETIER (2)

1

2

Ne laboure que pour quelque peu d’avoine

Bouquillon, époux de Claire HANS «  au Mex Grosjean ».

Urbain BRIOT

1

3

"

 

Pierre THOMAS

1

3

Laboure 3 jours

Laboureur

 

 

Veuve Bastien LAURENT née CHEVRIER Marie

 

4

Laboure 1 jour, n’a que pour semer

Sébastien LAURENT est mort à 35 ans le 01/11/1687.

Remy NOEL

1

1fils avec sa femme et 3 enfants-1 servante

Laboure 1 jour

Laboureur, sagard.

Nicolas NOEL

1

3

Ne peut semer faute de seigle.

 

Grégoire NOEL

1

1 fils (Nicolas) et sa femme

Laboure 1 jour, n’a que pour semer

Laboureur

Claude CUNAT

1

4

Ne peut semer

 

Georges CHAUNAVE

1

5

Ne peut semer que 2

 

Nicolas PHILIPPE

1

1 fils avec 1 femme et 3 enfants

Laboure 1 jour et demi.

 

 

 

TOTAL = 107 habitants

 

(1)   nous avons conservé l’orthographe de l’époque.

(2)   Fait son testament en 1698, fils de Nicolas PELLETIER et Jeanne PERNEL décédés ; il est marié à Claire HANS.

 

DEMRUPT

 

Chefs de famille

Conjoints

Enfants

Superficies cultivées et réserves

Compléments

Nicolas THOMAS huilier

1

1 fils avec sa femme et 3 enfants

Laboure 1 jour ½

 

Bastien THOMAS

1

4

Laboure 1 jour

 

Nicolas THOMAS, le jeune

1

9

Laboure ½ jour

Laboureur

Remy COLLE

1

1 fils avec sa femme, 9 enfants (Hubert)

Laboure 2 jours

Fait son testament le 24 décembre

Veuve Nicolas PIERRE

 

1 fils avec sa femme, 2 enfants

Laboure 1 jour

 

Nicolas PIERRE, le jeune

1

6

Laboure ½ jour

Charpentier

Claude PERNEL

1

5

Laboure ½ jour

Charpentier

Nicolas MOUROT

1

6

Laboure 3 jours

 

Nicolas CHEVRIER, le jeune

1

5

Laboure ½ jour.

 

Claude ANTHOINE, le vieil

1

1

Haute cotte

Tourneur de bois.

Claude ANTHOINE, le jeune

1

2

Laboure ½ jour

 

Demenge ANTHOINE

1

8

Laboure 1 jour

 

Veuve Marie MOUROT, née AIGUIER

 

 

PAUVRE

Son mari Dominique est mort en 1698 (1)

 

 

 

 

 

 

 

Nicolas CHEVRIER, le vieil

1

5

Laboure 1 jour

Fermier du moulin de S.A et des Dames dont il rend 8 livres au domaine et rien aux Dames pendant 3 ans à cause des réfections qu’il a fait.

Pierre NOEL

1

6

Laboure 1 jour.

 

Nicolas PHILIPPE

1

5

LABOURE 1 JOUR

Tourneur de bois

Jean BERNIER

1

1

Manœuvrier pauvre.

 

Veuve Martin VALDENAIRE

 

1 Fils, sa femme et 1 enfant

Laboure 1 jour

Martin VALDENAIRE est décédé à l'âge de 30 ans le 23/6/1673.

 

TOTAL = 117 habitants

 

(1)   était fils de Jean MOUROT. Son testament conservé dans les minutes du Tabellion Nicolas GODEL indique qu’il veut être enterré au cimetière de l’église de Lestraye (Ramonchamp) avec son père.

 

POPULATION

 

(suite)

 

Parmi des documents récemment classés par les archives départementales des Vosges, nous avons relevé cette pièce concernant l’église du Ménil dont les origines ont été contées dans un précédent bulletin. Elle contient d’intéressants renseignements au sujet de la population de notre commune. On peut la dater de 1734.

 

« A son altesse royale madame régente (1)

 

Supplient très humblement les maire, habitants et communautés du Ménil et Demrupt office d’Arches.

 

Disant qu’ils sont au nombre de 126 paroissiens de la paroisse de Ramonchamp, le nombre de ces habitants s’est tellement accru depuis l’heureux retour de feu S.A.R. dans ses Etats que plusieurs ont été obligés de se retirer dans des petites collines et dans les montagnes où ils ont fait de petites habitations dans des endroits déserts qu’ils ont essarté et si ingrat qu’il n’y croit que très peu de seigle, sarrasin, légumes, pommes de terre et où les neiges sont si abondantes qu’elles durent presque d’ordinaire depuis la Saint Martin jusqu’à la Saint Georges, qu’ils y sèment la plus grande partie avec des pioches, sont perdus par la rigueur des hivers. Le commerce de ces habitants ne consiste qu’à voiturer quelques tonneaux de sel à un prix très médiocre et à conduire quelques chariots de planches en comté, province voisine dont ils tirent quelques denrées pour leur subsistance.

 

La plupart n’ont point de bestiaux qu’à titre de maîtres (2) chargés de dettes et accablés de misère envers ceux du comté de Bourgogne, ce qui provient encore par le malheur des dernières guerres, lorsque le roy Tréo Chrétien (Louis XIV) possédait la Lorraine et que ses troupes y passaient pour aller en la haute et basse Alsace.

 

Les habitants de ces deux communautés qui résident dans les fonds sont éloignés d’une grande lieue de leur église paroissiale de Ramonchamp et ceux qui résident sur les montagnes de deux lieues, ce qui les met dans l’impossibilité d’assister au service divin…

 

(Ils ont) pris… la résolution sous la permission de Monseigneur l’évêque de construire une Eglise au village du Ménil… où ils ont déjà une bonne partie des matériaux sur place… cette entreprise contera au moins quinze mille Ecus… demandent permission d’aliéner des terrains communaux ». (3)

 

(Arch.dép.6 I 91 A)

 

J.A. MORIZOT

 

(1)   Elisabeth-Charlotte, veuve du duc Léopold décédé en 1729.

(2)   Cela signifie qu’ils recevaient des animaux en dépôt, et que les bénéfices réalisés étaient partagés avec les propriétaires : ils étaient des marcaires.

(3)   Des terrains furent effectivement vendus en 1734 à Claude THOMAS à la Goutte du Géhan, à Pierre PHILIPPE « ez xarts daval du prey de la Charotte »…