B.M. 1991-1992 LA MAIRIE ECOLE NOTRE PATRIMOINE – LA PREMIERE MAISON COMMUNE

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Nous avons évoqué, dans le bulletin municipal de 1987, l'histoire de l'église paroissiale ;  sa construction en 1734 devait entraîner dans les années suivantes celles du presbytère et de la " maison d'école ",  première " maison commune " du Ménil. Rendues indispensables par le développement de la population – les deux villages du Ménil et de Demrupt comptent alors 126 foyers disséminés sur l'ensemble des deux finages – ces édifications sont en effet liées puisque dès 1669, il était fait obligation par l'Evêque de Toul A. de Saussay à chaque paroisse d'avoir son maître d'école. La nouvelle paroisse du Ménil (annexe encore de Ramonchamp) ne manque pas de remplir cette obligation et le 23 avril 1736, il est  procédé à l'adjudication des travaux de construction de " la maison d'escolle du Ménil et Demrupt". L'adjudicataire est Claude COLLE (1) du Ménil pour la somme de 48 écus. Le procès verbal indique que " le sieur Colle s'est chargé de la faire suivant le devis à lui donné et par lui signé et que les dits habitants du ménil et Demrupt sont chargés et s'obligent de lui fournir tous les matériaux et y faire une cheminée comme il convient, enfin conformément au dessin ". situé à l'emplacement de la poste, l'édifice est  donc implanté, comme c'est la coutume, à proximité du presbytère et de l'église, le "vicaire-résidant" du Ménil étant chargé de la surveillance de l'école et le maître d'école remplissant les fonctions complémentaires de chantre de la paroisse.

 

 

 

 

(1) probablement Claude COLLE, laboureur au Ménil, époux de Marie Philippe.

 

 

Le premier régent – nom donné alors à l'instituteur – fut Alexis Laheurte originaire de la section des Graviers à Saulxures, époux de Marie Jeanne Laheurte ; un de leurs fils, Luc, sera curé du Ménil pendant la Révolution.

 

Jusqu'à la Révolution, la gestion des affaires des communautés du Ménil et Demrupt est relativement simple et ne nécessite pas de salle de réunions spéciale.

Il n'en est plus de même à partir de 1790 avec la mise en place du Conseil Général de la commune (2) et la multiplication des tâches administratives, en particulier au plus fort de la Révolution, en 1792 ; 1793, où les autorités municipales sont mobilisées presque en permanence. La gêne occasionnée dans le bon fonctionnement de l'instruction primaire oblige la municipalité à prévoir dés 1791 " la construction d'un petit bâtiment pour servir de retraite aux officiers municipaux pour tenir leurs séances et resserrer les registres et papiers et y tenir les assemblées générales et particulières".

 

Après plusieurs pétitions envoyées au district et au département, le Conseil Général du Ménil est autorisé en septembre 1792 à aliéner quelques quartiers de terres communales "cy devant usurpées". Et à mettre en  adjudication au rabais la "construction d'une chambre d'assemblée avec un corps de garde telle qu'elle est proposée". Les archives sont ensuite muettes sur les suites données à ce projet. Le 6 janvier 1793 " considérant la difficulté de se tenir en la maison commune les jours ouvrés à cause de l'instruction des enfants " les officiers municipaux décident de tenir leurs séances en la maison de l'un d'eux, René Thomas domicilié " lieudit au village du Seu ". Cependant, l'année suivante le 23 thermidor an II, la municipalité réclamait aux administrateurs du district la possibilité d'utiliser la maison presbytérale sur le point d'être " évacuée " par leur " ci-devant vicaire " pour " le lieu de ses séances ainsi que pour celles du comité de surveillance d'autant que celle où est logé l'instituteur n'est point commode à contenir plusieurs séances et en même temps servir à l'instruction publique " (3)

Il s'agissait surtout d'empêcher que la cure soit vendue comme bien national mais le projet se heurte à un refus très net.

 

D'importantes réparations furent réalisées en 1833, le maire Jean Joseph CUNAT les motivait ainsi : Monsieur le maire a observé au Conseil qu'il y a 97 ans que la maison commune du Ménil fut bâtie par les habitants dudit lieu, que depuis cette époque s'en rapportant au ressouvenir des anciens du lieu, il n'a pas été fait le moindre renouvellement de bois de charpente mais elle se trouve maintenant dans un vrai état de vétusté, de manière que cette maison est sur le point de s'écrouler ainsi qu'une partie des murs….

Observe encore audit Conseil que dans la première construction de cette maison et par faute de prévisions de la part des habitants les appartements furent très mal distribués et surtout la salle servant à l'enseignement de la jeunesse, laquelle est très incommode étant trop petite… Deux experts le charpentier Blaise Guingot et le maçon Jean Baptiste Bodenheimer estimèrent les travaux de reconstruction à 966 francs, somme modique justifiée par la fourniture d'une journée de travail par tous les habitants de la commune.

Une délibération du 6 janvier 1839 révèle cependant que l'opération fut longue et incomplète. En effet alors " rien n'est presque fait pour le logement de l'instituteur communal, ce bâtiment est un vide ne contenant qu'une salle non parachevée, servant à l'instruction de la jeunesse, et quelques anciens appartements rapiécés et très incommodes pour le logement de l'instituteur".

 

 

(2) Voir notre étude sur les premières municipalités dans le bulletin de la Haute Moselle N° 19.

(3) Archives départ. L96

En 1842, on adjoint une écurie, en 1848 un four " à servir au besoin de l'instituteur ".

 

LA MAIRIE ECOLE ACTUELLE

 

Malgré d'importantes réparations en 1848/1849, le conseil municipal dirigé par le maire Jean Nicolas Philippe, fabricant de calicots au Surdelot, décide en 1861 de reconstruire la maison commune. Le plan est accepté dans ces termes par l'inspecteur primaire " Considérant que l'école actuelle de garçons, celle des filles, les 2 logements et la mairie sont dans le plus déplorable état et qu'il y a lieu de s'étonner qu'on ait seulement songé aujourd'hui à une construction nouvelle. Considérant que la maison d'école proposée comprendra une salle spéciale aux garçons, une salle spéciale aux filles et que les deux surfaces réunies donnent un nombre de m2 supérieurs au nombre des élèves des deux sexes en âge de venir à l'école.

Considérant qu'en outre le même bâtiment comprend un logement composé de 4 pièces pour l'instituteur, une belle salle de mairie, logement de l'institutrice, il sera aussi convenable à la condition cependant de diviser le poêle en 2 parties ce qui portera à trois les chambres de l'institutrice.

Considérant enfin que la hauteur des salles est de 4 mètres et que l'emplacement du bâtiment est bien choisi, dégagé de tout voisinage présentant des inconvénients ". (4)

 

Le plan – accepté par le Conseil municipal le 10 novembre 1862 -  était l'œuvre de l'architecte départemental de l'arrondissement Perron.

Il entraînait le déplacement de la maison commune de l'autre côté de la  grande route, sur un pré appartenant au curé de la paroisse Jean Baptiste Bexon cédé à l'origine moyennant une pension viagère de 50 francs par an  remplacée quelques mois plus tard par une somme de 1 500 francs (5). L'adjudication  des travaux a lieu le 17 mars suivant : les adjudicataires sont Alexis et Jean Constant Alexis Briot entrepreneurs au ménil qui ont consenti un rabais de 6.50 % sur le devis initial de 31 000 francs.

Les travaux doivent être terminés pour le 1er mai 1864.

Le financement est assuré en grande partie par la vente de 201 parcelles de  terrains communaux représentant un total de 18 hectares 41 ares situés au Cora, au vieux très, à la Morte, aux Bruleux, à la tête des Renards… acquises le plus souvent par les habitants qui les exploitaient depuis de longues années.

 

Le projet initial subit quelques modifications en cours de réalisation : pose de corniches en pierre de taille sur les deux façades latérales, remplacement des consoles destinées à supporter le poutrage du plancher supérieur par quatre colonnettes de fonte.

 

(4) AD Vosges 302-0-3

(5) Des difficultés devaient en effet surgir lors de la rédaction de l'acte de cession. En même temps que la nouvelle mairie se construisait à proximité immédiate, de l'autre côté de la rue, un important bâtiment abritant un cabaret et appartenant à un sieur Chevrier qui exploitant auparavant, devant l'église, un débit de boissons et de tabac tout en étant tailleur et marchand d'étoffes. Le curé Bexon se plaignait " avec beaucoup d'aigreur " selon  le sous préfet de Remiremont, de cet établissement situé dans son voisinage et celui de la mairie. Ses protestations furent sans effet, le même sous préfet justifiant ainsi la construction de l'actuel magasin Cali " les habitants des sections sont généralement très attachés aux pratiques religieuses… ceux qui pour assister aux offices, parcourent de longues distances à travers des  chemins difficiles ont besoin d'un lieu de repos où ils trouvent à se réconforter, le cabaret remplit ce but !

 

 

La réception définitive des travaux eut lieu seulement le 17 juillet 1865. Le coût, selon les comptes de l'architecte, s'élevait à 31 333 Frs (honoraires non compris). Le 15 novembre 1864, les écoles des deux sexes et la mairie étant transférées dans le nouveau bâtiment, le conseil municipal demandait l'autorisation de vendre l'ancienne maison commune adjugée à Claude Edouard Brisac, fabricant, JJ MOUROT propriétaire et Nicolas François Guingot cultivateur pour la somme de 3 000 francs (6).

 

Cette belle construction devait malheureusement être altérée par l'agrandissement réalisé en 1934 – 1935, afin d'agrandir le logement de la directrice de l'école de filles de l'époque. Le projet retenu mit fin en  effet à la symétrie de l'édifice originel.

 

Les différentes municipalités eurent à cœur d'entretenir ce beau bâtiment, le dernier "lifting" datant de 1985 marqué par la réfection complète de la toiture intégrant désormais l'adjonction citée plus haut ainsi que le ravalement des façades. Aussi notre commune possède – t – elle aujourd'hui un véritable hôtel de ville symbole de son renouveau.

 

J.A. MORIZOT

 

(6) AD Vosges A.C.P. Le Thillot n° 31.