B.M. 1992-1993 NOTRE PATRIMOINE – LE PRESBYTERE

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En novembre dernier, Le Ménil a tourné une page importante de son histoire avec le départ de son dernier prêtre " résidant " en la personne de l'Abbé Maurice PIERRON.

Il nous est apparu opportun de consacrer un article – après ceux évoquant le passé de l'Eglise et de la mairie – à ce bâtiment dont la silhouette est si familière aux Guédons ainsi qu'aux ecclésiastiques qu'il a abrités depuis l'origine de la paroisse. (1)

 

La construction du presbytère.

 

L'édification de l'église décidée en 1733 par l'assemblée des habitants entraîna tout naturellement celle d'une " maison de cure " destinée à la résidence des vicaires d'abord chargés de desservir le nouveau lieu de culte, succursale de l'antique paroisse de Ramonchamp. Lorsque le 11 avril 1733, les habitants du Ménil et Demrupt donnent procuration à Pierre Laurent et Luc Noël pour faire les démarches nécessaires auprès des autorités religieuses et laïques " en vue d'obtenir une église paroissiale et un curé résidant ", le document rédigé mentionne qu'il s'agit de " faire bâtir une église paroissiale dans le lieu qui sera jugé le plus convenable avec une maison curialle telle qu'il conviendra pour loger le curé ". L'emplacement choisi ménagera les susceptibilités des habitants de Demrupt. Le futur centre de la commune sera choisi à mi-chemin entre les deux sections jusque là indépendantes.

Le marché de la construction du presbytère est passé le 28 octobre 1734 avec l'entrepreneur de l'église, Florentin Viriot pour la maçonnerie – moyennant 2 050 livres. La charpente est confiée à Dominique Thomas pour 490 livres, le vitrage à Nicolas Deslon ancien maître d'école devenu négociant pour 44 écus. Les pierres de taille destinées au gros œuvre sont tirées des carrières de Coravillers et Beulotte tout comme celles de l'église. Le financement de l'ensemble des travaux est assuré par un " jet " c'est-à-dire une contribution exceptionnelle imposée à l'ensemble des habitants.

 

Le premier vicaire résidant, Claude Abel, originaire de la Bresse vient de Ramonchamp où il exerçait les mêmes fonctions. Son traitement a été fixé dans la transaction intervenue le 12 Septembre 1733 avec le curé Corizot de Ramonchamp. Les habitants du ménil et de Demrupt s'obligent de lui payer une pension annuelle de 200 livres, auxquelles il convient d'ajouter 50 livres dues au Curé Corizot pour le dédommager de la perte qu'il subit. Ce dernier accepte cependant que les voitures de bois qui lui étaient fournies à la Saint Luc reviennent désormais au desservant du Ménil.

 

Le financement de la pension annuelle du vicaire est obtenu en recourant à divers expédients.

- les habitants de Demrupt engagent une  pièce de pré de " 18 charées " au Xerbanage, son revenu annuel est estimé à 200 Francs;

- Claude COLLE, laboureur au Ménil et son épouse Marie Philippe devaient 800 Francs à la communauté villageoise. Ils s'engagent à verser en contrepartie une rente annuelle de 40 francs en faveur du vicaire, Jean Baptiste Peltier, marcaire du Ménil également, souscrit un engagement de même nature.

 

 

(1) voir notre article consacré à l'Eglise Saint Blaise (Bulletin Municipal 87)

 

Claude Abel, le premier vicaire ne fait qu'un court séjour dans le presbytère tout neuf mais probablement mal terminé.  Il est en effet enlevé à l'affectation de ses paroissiens moins de 18 mois après son installation. Son successeur, Paul Léopold Jardot ne tarde pas à entrer en conflit avec ses ouailles qui se plaignent de son caractère autoritaire et contestent son administration. Les paroissiens n'en sont pas moins condamnés à effectuer chaque année le " voiturage " des bois marqués pour l'affouage du vicaire aux deux termes de Saint Rémi et Saint Martin.

 

Dominique Claudel et la tourmente révolutionnaire.

 

A partir  d'août  1759, le vicariat du Ménil est exercé par Dominique Claudel originaire de la Bresse et dont le tragique destin en fait l'occupant le plus illustre de notre cure. A la veille de la révolution il s'efforce de guider ses paroissiens. Ainsi à l'occasion de l'élection de l'assemblée paroissiale du 22 février 1789, leur donne-t-il les instructions suivantes : " chacun doit assez sentir combien il est intéressant  de n'élire que ceux qui par  leur prudence, leur bon esprit, intelligence, et surtout par leur probité, seront les plus capables de bien  administrer les affaires communales de cette paroisse ".  Le 14 mars, il préside l'assemblée des habitants qui adopte le cahier de doléances du Ménil.  En décembre  suivant, il est le plus gros souscripteur de la paroisse lors de la paroisse lors de la levée de la contribution patriotique destinée à renflouer les finances royales. S'il semble ainsi accepter les premières mesures révolutionnaires, il refuse nettement le 23 janvier 1791 de prêter serment à la constitution civile du Clergé qui prétend réformer l'Eglise de France sans le consentement du Pape. Ce  refus entraîne sa destination et le prix du traitement réservé aux ecclésiastiques jureurs.

En avril donc, il doit évacuer le presbytère pour se retirer d'abord dans une maison particulière de la paroisse. Malgré son âge " il passe habituellement ses nuits en course, pour administrer les secours de la  religion à ses paroissiens et aux fidèles des environs. Son zèle le poussait jusque dans le Comté, et nous savons qu'il séjourna à Faucogney pendant les mois de mai, juin et juillet 1792 " (2). Considéré  comme émigré, il est arrêté le 6 avril 1794 à Plombières, condamné à mort et exécuté à Mirecourt le 13 avril suivant, le jour des Rameaux " (3)

Document : quelques lignes écrites de la main de Dominique Claudel quelques jours avant son exécution : AD Vosges L 896

 

 

 

(2) Semaine religieuse de Saint Dié ! 6 avril 1894.

(3) Les circonstances de l'arrestation, les débuts du jugement de l'abbé  Dominique Claudel ont fait l'objet d'articles détaillés parus dans les anciens bulletins paroissiaux du Ménil.

 

Dès avril 1791, Dominique Claudel a été remplacé par un ancien Récollet Jean Baptiste Lambolez, originaire de Mélisey. Agé d'une cinquantaine d'années, d'une taille de " 5 pieds 4 pouces " les cheveux et les sourcils gris, il préfère démissionner de ses fonctions, le 13 thermidor an II (4 aout 1794), peu de temps après la mort de Robespierre, incapable de résister à la vague de déchristianisation qui submerge alors la France.

 

Considéré comme bien national devant être vendu au profit de la nation, le presbytère est réclamé dés le 28 thermidor an II (14 août) par  la municipalité qui souhaite y tenir ses séances ainsi que celles du Comité de surveillance de la commune. Il s'agit surtout d'empêcher qu'il ne soit racheté par une personne étrangère.

 

Nous ne savons pas s'il fut occupé par Luc Laheurte, fils du premier instituteur du Ménil, ancien curé constitutionnel de Raon aux Bois venu s'installer dans le village vers le 1er thermidor an III, date à laquelle, il déclare au greffe communal être disposé " à exercer les fonctions de la Religion Catholique Apostolique et Romaine " et jure  " d'être à l'avenir comme du passé, fidèle et obéissant aux lois de la République. La menace de vente du presbytère reste présente. Le 11 juin 1796, malgré une pétition des habitants s'opposant à sa location en raison du fait " qu'ils  l'ont construit à leurs frais " la cure est expertisée par l'architecte Jean Claude Daval de Remiremont à la suite d'une soumission d'achat d'un autre Romarimontain Léopold Serquand. Le procès verbal de cette visite est ainsi rédigé :

 

1° - La maison presbytérale du ménil, cette maison qui a 65 pieds de  longueur sur 24 de largeur, distribuée au rez de chaussée d'un vestibule en entrant, une cuisine et un poêle d'un côté, un garde manger sous l'escalier et ensuite un battoir et des écuries. On pratique à l'étage depuis le  vestibule par un escalier en (mot illisible) meunier, au dessus duquel est une chambre et ensuite dans une chambre à feu à côté de laquelle est un cabinet.

Cette maison est assez en état à l'exception que la couverture en bardeaux de sapin est presque pourrie, et les vitres dont le vitrage est monté sur plomb sont de peu de valeur et dans lesquelles il y a des réparations.

Du dessus de la dite maison est un petit hangar sous lequel coule une  fontaine. Sommes d'avis que cette maison valait en 1790 en revenu annuel la somme de 140 livres.

 

2° - un jardin du dessous et du derrière d'icelle, contenant une homée douze verges, mesure de la ci devant Lorraine, fermé de mur en partie.

 

3° - un verger rempli de rochers en partie contenant 4 homées 20 verges confronté de la maison et du jardin au midi…"

 

La vente est encore remise car la municipalité  réclame alors le bâtiment pour y loger l'institutrice et l'école des filles prévues par une loi du 3 brumaire précédent. L'administration municipale du canton du Thillot mise en place récemment pour remplacer l'ensemble des municipalités intervient pour faire remarquer que l'école existante est incapable de recevoir la nouvelle classe prévue ainsi que l'institutrice et que le presbytère est le seul bâtiment susceptible de les accueillir.

 

Ce projet n'eut pas de suite et de nouveau, en l'an VI (1798) l'ancienne cure est mise en vente. Acquise par le notaire de Cornimont Adam, elle est peu de temps après rachetée par Dominique Chevrier l'ainé, Jean Nicolas Colle et Nicolas François Peltier au nom de la commune qui fournit les fonds. Elle sert alors de logement au desservant. Les trois acquéreurs recèdent bientôt l'édifice à " 37 individus de cette commune "  par contrat réversible, toujours dans l'attente d'une décision permettant aux communes d'acquérir les presbytères. Le rétablissement de la paix religieuse voulu par Bonaparte permet le règlement de ce délicat problème en l'an XII. Il convient donc de remarquer que les habitants du Ménil ont dû payer deux fois leur presbytère, lors de sa construction puis pour pouvoir le conserver sous la Révolution.

 

Les aménagements du XIXème siècle.

 

Ces opérations n'enrichissent pas les finances locales et en 1825, le curé Plaisance se plaint au préfet des Vosges du mauvais état de la cure et de l'église. En ce qui concerne le premier bâtiment il écrit " ma maison n'a que les 4 murs et encore dégradés à l'intérieur. Les planchers prennent air partout, ainsi que les fenêtres dont une partie est à refaire. Le toit a besoin de couverture, les chambres de plafonds et de gissage, le poêle d'une tôle pour y faire pénétrer la chaleur, les cheminées d'un rehaussement pour y faire passer la fumée et d'une couverture contre la pluie. Je n'ai point de four, point d'enclos pour enfermer la volaille…" Sa lettre se termine par une dénonciation de l'indifférence du maire qualifiée de révoltante. (3)

 

La population du Ménil n'ayant cessé de croître pour atteindre  plus de 1 800 habitants, le conseil municipal se prononce le 23 mai 1866 en faveur de la création d'un vicaire destiné à aider le desservant  fatigué par l'éloignement de nombre de ses paroissiens qui risquaient de  mourir sans sacrement. Il est cependant entendu que l'indemnité de 250 francs due au nouveau prêtre sera versée par le Curé de la paroisse pendant une durée de 3 ans. En effet, l'accueil d'un ecclésiastique supplémentaire entraîne d'importants travaux au presbytère. Dès avril 1866, Charles Louis maître maçon local, est chargé d'effectuer divers travaux " d'amélioration et d'embellissement du jardin" pour une somme de 1488 francs. Il s'agit de la construction des murs de clôture et de deux portes d'accès. Le 15 juin 1866, présidé par l'adjoint Guingot, le Conseil municipal adopte le plan et le devis des réparations à effectuer au presbytère " vu que les  murs et la charpente de ce bâtiment sont aussi solides que s'ils étaient construits à neuf et qu'on peut le restaurer convenablement en se conformant au plan dressé par M Fachot architecte à remiremont. Considérant que les réparations dont il s'agit sont très urgentes et que la commune est  dans l'intention de loger convenablement son digne desservant et un vicaire si on veut en ériger un ". La délibération se termine par une demande de secours financier au gouvernement. Désapprouvée par les autorités préfectorales, la délibération est renouvelée le 8 juillet.

Le 29 janvier 1867, les travaux sont adjugés à l'entreprise Martin Joseph et compagnie de Remiremont pour une somme de 6 446 francs. Ils doivent être terminés le 31 août. Nous n'avons pas retrouvé le plan et le devis de ces  importants travaux consistant notamment à exhausser le bâtiment. Il est  probable que c'est alors que furent aménagées de nouvelles ouvertures, porte d'entrée et fenêtres – car les anciens guédons se souviennent d'avoir vu leur ancienne disposition lors du recrépissage rendu nécessaire par les dégâts subis à la Libération. Sous estimés, les travaux de 1867 se montèrent en réalité à une somme de 8 903 francs acceptée par le conseil municipal dans sa séance du 30 novembre 1867.

 

Depuis, la cure a été régulièrement entretenue par les diverses municipalités. Il serait fastidieux de faire le relevé de tous ces travaux qui ont permis à l'édifice de conserver une fière allure jusqu'à ce jour où se pose la délicate question de son devenir.

 

(3) A.D. Vosges 302 – 0 – 4

 

LES CURES DU MENIL DE LA REVOLUTION A 1991

 

Luc LAHEURTE 1795 –           Mort au Ménil le 15 Octobre 1812

FERRI                          1812 / 1816

NOVEL                       1816 / 1819

HUSSON                     1819 / 1827

PLAISANCE                1822 / 1827

Jean Baptiste BEXON           1827 / 1865

Jean Joseph MICHEL           1864 / 1884 Originaire de Champdray

VILLAUME                  1864 / 1885

PARMENTIER              1885 / 1901

Jules MELINE                         1901 / 1922 (+ au Ménil)

Né au Girmont Val d'Ajol le 16 septembre 1867 – ordonné en 1890 curé de la Vacheresse, de Saint Elophe puis du Ménil.

 

Albert THIEBAUT                    1922 / 1938 (+ au Ménil)

Né en 1874 à Vervezelle – ordonné en 1898 curé de Sartes de la Baffe puis du Ménil.

 

Léon GRANDHOMME          1938 / 1944

Né à SENONES LE 21 septembre 1892 – décédé le 13 mai 1971.

 

Edmond SCHMITT        )

André BONTEMPS (* )  )       Administrateurs 1944 / 1945

* Futur Archevêque de CHAMBERY

 

Camille CUNAT                     1945 / 1957

François JOLY                       1957 / 1969

Marcel PIERRAT                    1969 / 1981

Maurice PIERRON                1981 / 1991

 

J.A MORIZOT