B.M. 1994 - 1995 IL y a 50 ANS : LA LIBERATION

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L'an dernier, nous évoquions une période troublée de notre histoire

- les années révolutionnaires de 1793 à 1794 marquées par la Terreur – un autre anniversaire nous amène cette année à conter un moment également dramatique du passé, encore vivace dans les mémoires des plus anciens de nos compatriotes : La Libération.

Alors qu'elle paraissait devoir être rapide, le relief, le mauvais temps, l'acharnement de l'adversaire ramené aux portes de son  territoire, retardèrent de longues semaines cet évènement tant espéré.

Une  présentation chronologique a été choisie afin de mieux faire revivre les principales journées des mois de septembre, octobre et novembre 1944.

 

SEPTEMBRE

 

6 septembre. On commence à entendre  - faiblement – le canon  dans le lointain, indice des combats qui se rapprochent. Les Allemands qui se replient sont de plus en plus nombreux.

 

11/12 septembre. L'usine Philippe s'arrête. Dès l'âge de 16 ans, les hommes sont réquisitionnés pour aller creuser les futures défenses allemandes, notamment aux Fenesses et au Seu, programmées par  l'organisation Todt qui avait construit le Mur de l'Atlantique. Cette fameuse "Winterlinie" édifiée dans les Hautes Vosges retardera  l'avance alliée de longues semaines.

 

Le 11 est enregistrée la première victime : Joseph Parmentier, célibataire de 54 ans, tué à 21h30 à Demrupt par une patrouille allemande pour n'avoir pas respecté le couvre-feu.

 

Le 12, le maquis du Peut-Haut, menacé d'encerclement, est contraint de se replier vers les Huttes avant de rejoindre le Col de Morbieux.

 

14 septembre. Parachutage d'armes à la Kinsmuss. Réception par les résistants du Ménil et de Fresse.

 

25 septembre. Les Allemands s'installent au village.

 

Fin septembre. Premiers obus français sur la localité.

 

30 septembre. La maison Schoendorff au Pont-Charreau est incendiée au cours d'un violent bombardement.

 

 

OCTOBRE

 

 

Début octobre. Les bombardements se poursuivent.

 

04 octobre. Début de l'offensive de la 1ère Armée française dans les Hautes Vosges.

Marie Augustine Robert, veuve de 74 ans, est tuée par un éclat d'obus à 9 heures du matin.

 

05 octobre. Nouvelle victime civile : le jeune Michel Grosjean, âgé de 14 ans, est tué lui aussi par un éclat d'obus à 10 heures du matin, à  proximité de la Familiale. Dans la nuit, les Allemands évacuent le village après avoir cherché la protection des caves dans la journée.

 

06 octobre. Coup de main des paras du 1er RCP sur le village. Le 1er RCP (Régiment des Chasseurs Parachutistes) est le plus ancien régiment parachutiste de l'armée française. Fondé en Algérie en 1943, il va se morfondre de nombreux mois avant de pouvoir participer aux combats de la Libération dans les rangs de la 1ère Armée française du Général De Lattre de Tassigny. Après l'annulation de plusieurs missions aéroportées (Ile d'Elbe – Massif Central – Thann), les parachutistes sont enfin rattachés au 2ème Corps d'Armée du Général de Montsabert dont la mission est de s'emparer des cols des Hautes Vosges. Intégré au groupement tactique du Général Guillaume, le 1er RCP, arrivé à Ferdrupt le 03 octobre, doit occuper la forêt du Géhant, important massif forestier qui sépare les vallées de la Moselotte et du Ménil. Les Allemands, qui ont profité d'un retrait précipité des Américains, offrent une opposition vigoureuse dans une forêt de sapins, détrempée par la pluie. Le Col de Morbieux est  occupé par le 1er bataillon. Tête du Midi, qui domine le Ménil, est atteinte ensuite par le 2ème bataillon dont les hommes peuvent apercevoir les maisons du village.

 

Dans la matinée du 6, après une reconnaissance audacieuse du lieutenant alsacien Beaumont et alors qu'on procède dans les caves de la Mairie aux obsèques des premières victimes civiles, le lieutenant Duboucher à la  tête de son groupe de "Path finders" (radio-guideurs), décide d'attaquer la compagnie allemande au rapport à proximité de la maison Maurice (aujourd'hui Dessez) où se trouve le poste de transmission. Surpris, les Allemands prennent la fuite. Le lieutenant parachutiste entre dans la cave qui sert de chapelle funéraire. Le curé Schmitt peut lui fournir d'intéressants renseignements sur la position des troupes adverses. Une bouteille de champagne, apportée par l'instituteur M. Millot, est ouverte pour célébrer l'arrivée des "libérateurs".

Très vite cependant la situation  se dégrade. Des renforts allemands commencent à arriver. Les 1ère et 10ème compagnies du 1er RCP sont engagées pour épauler l'équipe de "Path finder" dont le chef est blessé. Un tireur d'élite, installé dans le clocher, paralyse quelque temps l'action des parachutistes avant d'être éliminé à l'arme blanche par le caporal-chef Chemarat, infirmier de la 10ème compagnie. Un danger plus grave se profile en haut du village avec l'arrivée de moyens blindés venus de Cornimont : deux chars "Panther" et deux automoteurs "Ferdinand". Le premier char s'immobilise à la hauteur des premières maisons du Ménil, dominant ainsi tout le village. Le second, appuyé par le premier, vient s'embusquer le long du mur du cimetière et prend la grande rue en enfilade. Des parachutistes, armés d'engins antichars, sont installés au restaurant "les Sapins". L'un deux, le caporal-chef Lheron, réussit à détruire d'une roquette en pleine tourelle le char partiellement dissimulé seulement par le mur du cimetière. L'équipage, qui s'enfuit, est abattu par un parachutiste posté à proximité. L'autre blindé est ensuite mis hors de combat par un petit groupe sorti des "Sapins" et parvenu à sa portée en longeant la forêt au Nord du village. (1) L'un des automoteurs a plus de chance.

Posté près de la Familiale et hors d'atteinte des bazookas, il peut tirer sur le village et met le feu à la maison d'Alphonse Chevrier derrière l'église avant de regagner Cornimont à la nuit tombante. L'artillerie française intervient également et pilonne le village

 

(1) Les récits de cette journée sont parfois confus. Georges Fleury, dans son ouvrage sur le 1er RCP fait état d'un automoteur au lieu du premier char embossé en haut du cimetière. Le second Panther aurait réussi à s'échapper. Nous suivons ici une relation intitulée : "il y a 29 ans… du crac au Ménil" dont l'auteur ne nous est pas connu. En fait, les automitrailleuses étaient plus nombreuses, disséminées le long de la route de Travexin et arrosaient copieusement le village.

 

 

Dans la soirée, les parachutistes préfèrent regagner la forêt du Géhant, confiant à la population leurs blessés les plus graves ainsi que leurs morts au nombre de 6 ou 7. (1bis) Bien leur en prend puisque dans la nuit d'importants effectifs allemands reprennent position dans le centre. La journée a été sanglante; les 6 morts français ainsi que les Allemands ont été regroupés dans la grande salle de la Mairie. Les premiers sont enterrés au cimetière dans l'après-midi qui suit, les seconds sont emportés par un camion pour une destination inconnue.

Comment les habitants ont-ils vécu ces heures tragiques ? Un témoin qui a voulu conserver l'anonymat raconte : "Vers 11h30, nous attendions pour voir monter l'enterrement de Michel Grosjean. Nous apercevons un groupe d'Allemands vers chez Camille Maurice. Au même moment, voilà la mitrailleuse qui se déclenche. Nous voilà filés en disant "voici les Américains".

Un moment après tout est calme, nous sortons de la cave et nous voyons : Oh quelle surprise ! Les soldats français qui sortent du bois. Nous rentrons à la cave et quelle joie, tous les visages rayonnent à cette pensée :  les libérateurs et des Français par-dessus le marché. Mais voilà la bataille qui recommence de plus belle et puis voici les chars allemands près du cimetière, les soldats qui commencent à rentrer dans les maisons, les uns dégoutés, suants, ayant faim. Nous leur avons donné du café, des pommes et des pommes de terre. Du pain, nous en étions privés depuis plus de quinze jours, nous ne pouvions leur en donner. D'autres sont venus ensuite encore bien courageux malgré toute leur déveine. Ils sont restés avec nous jusqu'à 7 heures. Enfin nous avons pu bouger un peu, mais nous avions eu tellement peur l'après-midi, nous avions les oreilles bouchées par le bruit des balles des obus et de la mitraillette. Nous avons vu un jeune soldat blessé au bras par deux balles. Quel tapage tout l'après-dîner, nous étions terrés dans le coin de la cave sans mot dire, nous entendions ce qui allait arriver.

Quelle journée – à s'en souvenir toute la vie ! Le soir, nous sortons quand les soldats se sont retirés dans le bois, c'est pour apprendre que la  maison chez Alphonse Chevrier est en feu.

Les Allemands, voyant des soldats français dans la maison, y ont envoyé un obus incendiaire.

Ensuite nous nous couchons un peu rassurés à quinze dans la cave. A minuit, nous entendons des voitures et des chars. Voilà les Allemands qui viennent nous trouver dans la cave nous demandant si nous avions un Américain, nous regardent à la lampe et puis s'en retournent.

C'est à ce moment-là qu'ils vont incendier la maison chez M. Pagot (2) par représailles certainement après avoir tout pillé!"

 

 

 

(1bis) Parmi eux le chasseur Moal  dont le corps repose toujours au cimetière. Parmi les autres tués, nous connaissons seulement les chasseurs Junique et Savorani.

(2) Directeur de l'usine Philippe. Reconstruite, la maison sera ensuite la propriété de M. Pierre CHEVRIER.

 

 

Ce même jour, le docteur Mathieu de Bussang, grand résistant, est tué par une mine à la baraque du Rouleux.

 

7 octobre. Arrestation de Simon Parmentier âgé de 32 ans. Déporté, il mourra le 04 mars 1945 à Buchenwald.

Certains habitants quittent le centre espérant trouver un abri plus sûr dans les fermes des écarts. Malheureusement, les Allemands font de même obligeant les premiers à redescendre au village. Plusieurs personnes cherchent également une meilleure protection en s'installant dans les caves de la Mairie.

Plusieurs maisons sont éventrées par les obus qui ne cessent de tomber sur la commune.

 

8 octobre. Arrêté la veille par des miliciens, Maurice Philippe, 25 ans ; fils de l'industriel Eugène Philippe, est fusillé après avoir été torturé. Son  corps sera retrouvé aux Granges le 14 octobre. Un monument y rappelle son destin tragique.

Les Allemands incendient la grange d'Eugène Houbre, les maisons de Louis Valdenaire et de Julien (Séraphin) Chevrier où ils ont découvert des armes cachées dans le four.

Le Ménil devient un lieu de passage pour les hommes de Haute Moselle qui veulent rejoindre les zones libérées et échapper aux réquisitions allemandes voire à la déportation. De courageux Guédons s'offrent pour les guider jusqu'à la forêt du géhant où continuent à stationner les forces françaises. Les Allemands sont aux aguets. Le 12 octobre, Paul Pierrel est tué à son domicile aux Fenesses par une patrouille allemande.

 

16-21 octobre. Les combats de la côte 1008.

Après l'échec partiel de la première offensive française, de nouveaux  objectifs sont fixés aux unités combattantes par le Général de Montsabert.

Le 1er RCP doit s'emparer du Col du ménil, de la côte 1008 enfin de la côte 1111 qui domine Frère Joseph. Le 16 octobre au matin, après une préparation d'artillerie, le Col du Ménil tombe aux mains des parachutistes guidés notamment par Pierre Lambert qui est blessé par un tir trop court des artilleurs français. Galvanisés par leur chef, le Colonel Geille qui ne craint pas de s'exposer au feu ennemi, les hommes du 2ème bataillon parviennent à  conquérir la côte 1008 le soir même. Les conditions de la bataille sont exécrables en raison de la pluie glaciale et des bombardements intensifs.

 

 

Le 17 au soir, les Allemands de la 338ème division d'infanterie commandée par l'énergique l'Homme de Courbières, lancent une vigoureuse  contre-attaque pour reprendre la Côte 1008. Après vingt heures d'intenses combats à la mitrailleuse, les parachutistes restent maître de la position. Les pertes de part et d'autres sont importantes. De nombreux prisonniers tombent aux mains du 1er RCP. Le lieutenant Briot,  chargé de les convoyer vers l'arrière, est tué au Rupt de la Sauce.

Le 18 octobre, la côte 1111 est atteinte. Les parachutistes sont yout près de la ferme Leduc à Frère Joseph où se trouve un état-major allemand. Un coup de main est prévu lorsqu"arrive le 21 octobre l'ordre d'abandonner les positions si durement acquises et de se replier sur Travexin. Les morts sont enterrés à la hâte dans une fosse commune marquée d'une croix. Les combats ont coûté au régiment 40 % de son effectif soit 129 tués et plus de 230 blessés. Il est envoyé au repos à Saulx-les-Vesoul avant de retourner au feu en Alsace au mois de décembre.

Une stèle érigée en 1964 rappelle justement le sacrifice des parachutistes sur le lieu même des combats de la Côte 1008. (3)

 

 

 

 

(3) Les liens entre le Ménil et le 1er RCP seront encore concrétisés en mai 1978 par l'inauguration de la place du 1er RCP, l'année suivante, au mois d'octobre, par l'inauguration d'une stèle de granit venue des Vosges au sein même de l'enceinte du régiment à Pau en présence d'une forte délégation de Guédons.

 

Les habitants du Ménil devront donc patienter encore un mois avant de connaître les joies de la libération. Accalmies et bombardements vont se succéder obligeant la population demeurée sur place à rester terrée le plus souvent dans les caves. N'écoutant que leur patriotisme, plusieurs jeunes traversent les lignes et vont s'engager dans la 1ère Armée.

 

Le 22, Maurice CHEVRIER, Henri Louis et Daniel Petitjean s'engagent à Rupt dans le 20ème BCP. Le 25, c'est à Saulxures que Jean Chevrier rejoint les Tabors marocains. Ils seront encore imités par Pierre Chevrier (Noni) et Pierre Huguel  dont les unités ne nous sont pas connues.

20 octobre. A 9h15, Jules Nicolas, cultivateur, âgé de 73 ans, est tué par une mine au Surdelot.

 

30 octobre. La colonie des enfants de Nancy, arrivée à la Familiale le 13 juillet, peut enfin être évacuée après s'être repliée dans une ferme des essieux. Aux termes d'un long périple nocturne, elle rejoint les positions de la 3ème DIA dans la forêt du Géhant (4).

 

31 octobre. En représailles de la capture de l'un de leurs soldats par une patrouille française, les Allemands incendient la maison Albert Nicolas (à l'emplacement actuel du camping). Le même jour, l'abbé Bontems, qui devait devenir Archevêque de Chambéry, est arrêté comme aumônier de la colonie. Il est heureusement relâché peu après.

 

(4) Voir les souvenirs de Monseigneur André Bontems dans le livre de Claude Maurice "A travers l'Histoire…" Paru récemment

 

 

 

NOVEMBRE

 

 

 

01 novembre. L'artillerie française, pilonne les positions allemandes à la Tête des Champs et de la Rouauche.

 

02 novembre. Avertis d'une attaque française sur le village, les Allemands organisent un" comité de réception" dans les maisons Lalot et Laporte;

Le village subit un nouveau bombardement.

 

08 novembre. De nombreux hommes du Thillot viennent se réfugier au Ménil pour échapper à la rafle prévue par l'occupant. Ils passent ensuite les lignes françaises.

 

11 novembre. L'évacuation du Thillot.

En représailles du départ des hommes mais aussi parce que leurs arrières en Alsace ne sont plus capables de recevoir de nouveaux évacués, les Allemands décident l'évacuation totale de la population du Thillot. Ordonnée le 10, cette opération a lieu le 11 dans des conditions climatiques effroyables. La neige puis la pluie glaciale vont accompagner les malheureux habitants qui empruntent, en un long défilé, des chemins transformés en bourbiers voire ruisseaux. La plupart, craignant le pillage après leur départ, cherchent à emporter ce qu'ils ont de plus précieux dans des voitures d'enfants, des chariots ou encore des brouettes. Certains de ces véhicules dissimulent des hommes qui entendent éviter la déportation. A Demrupt, il faut emprunter un pont de fortune qui remplace celui qui a sauté.

Les habitants du Ménil font preuve, dans leur grande majorité, d'une magnifique solidarité. Anna Costa qui a conté cette incroyable odyssée dans un bulletin de la Haute Moselle en témoigne ainsi : "Il faut dire à leur honneur, à ces braves gens du Ménil qu'ils ont apporté leur aide à tous les évacués dans la mesure de leurs moyens. Au café C… où les hommes font le passeur depuis de nombreuses années déjà, les femmes s'affairent autour du fourneau à faire du café sans arrêt ; leur maison, le hangar, tout est envahi et, loin de se plaindre, ils s'ingénient à se  rendre aussi utiles  que possible".

Le passage par Travexin étant impossible, le long cortège doit prendre le chemin menant à la baraque des italiens où il est accueilli par les Tabors marocains. De là, des mulets conduisent les évacués exténués jusqu'au Col de Morbieux où ils sont pris en charge par des organisations charitables. Georges Choffel qui a vécu ces événements aux premières loges raconte ainsi l'évacuation de l'hôpital du Thillot :

" La plus grosse difficulté fut sans doute l'évacuation de l'hôpital. Les  religieuses revêtirent l'habit laïc pour cette épopée… Ces personnes  trouvèrent refuge à la Familiale. Les plus grands blessés furent soignés chez Camille Maurice. Bien des personnes furent accueillies dans leurs familles ou chez des amis, ainsi qu'à l'hôtel des Sapins. Certaines familles accueillirent jusqu'à 40 personnes… Etant donné le nombre important de réfugiés et la tombée de la nuit, il n'était  plus possible de passer les lignes le même jour. Un centre d'accueil était installé au presbytère et une soupe populaire organisée par des bénévoles à la boucherie… Elle est distribuée le soir même. Heureusement, aucun obus ne tomba ce jour-là.

Le lendemain dimanche, malgré 40 centimètres de neige, la montée dans les lignes s'organise à nouveau. Une fausse nouvelle nous dit que la route du Col des Fenesses est ouverte pour les malades et les blessés.

 

 

Tout est mis en œuvre pour le transport, y compris le corbillard…

Les plus grands blessés souffrent atrocement. Il y a également des femmes en couches.

Arrivés au Col, nous sommes accueillis par des mitrailleuses…

Les convoyeurs se réfugient alors chez Camille Louis, que nous sommes heureux de retrouver après son internement. Ce fut un grand résistant. Arrêté le 06 octobre 1943, il fut détenu dans trois forteresses, mais ne parla jamais… Il fut de nouveau arrêté la nuit du 12 novembre, mais libéré heureusement à Mulhouse le 21 novembre, ainsi que 18 hommes du Ménil, prêts à la déportation en Allemagne.

Les blessés, restés sur la route du Col des Fenesses, nous interpellent vigoureusement… Heureusement, l'un d'entre nous étend un drapeau blanc à croix rouge. La fusillade s'arrête. Il ne nous reste qu'à retourner sur nos pas malgré la nuit tombante.

Il faut également noter que les militaires français se trouvaient parmi les blessés cachés à l'hospice.

Finalement, tous passèrent par le Col de Morbieux, sur des schlittes tirées par des bœufs, mais il a fallu attendre plusieurs jours."

 

12 novembre. Les mines placées par les Allemands en de nombreux endroits de la localité font une nouvelle victime : Plinio Rigola, âgé de 32 ans, fils d'un maçon du Thillot, est tué au tournant du Rouleux à 9h30.

Vague d'arrestation au Ménil : 19 hommes dont Camille Louis sont arrêtés pour être déportés en Allemagne. La chance était avec eux, ils furent libérés à Mulhouse les 22 et 23 novembre par l'avance de la 1ère Armée  française.

 

17 novembre. Après une accalmie de quelques jours, les bombardements reprennent. La 1ère Armée a lancé une grande offensive sur Belfort pour déboucher en Alsace. Les Allemands qui craignent l'encerclement complet dans les Hautes Vosges amorcent leur repli.

A 12h30, un éclat d'obus blesse mortellement le petit réfugié parisien Gérard Fontaine à proximité de la ferme d'Arthur François vers la Chapelle de la Pitié où se trouvent de fortes positions ennemies.

 

19 novembre. Violent bombardement chez Bresson pour démolir le poste allemand qui y est installé.

 

20 novembre. Infiltration de Goumiers marocains dans le village. Certains s'installent au presbytère mais ils ne sortent pas de peur d'être la cible des allemands toujours postés sur les hauteurs opposées.

 

22 novembre. La Chapelle Saint Guérin également mal placée à côté des positions ennemies est pulvérisée par les obus français.

 

25 novembre. C'est enfin la Libération. Dans la nuit, les allemands se sont retirés et les Goumiers, installés dans le village, peuvent se promener tranquillement dans les rues. Bientôt toutes les maisons sont pavoisées, même les plus éloignées. La population quitte enfin les caves. Dans les jours qui suivent, il faut vite songer à achever l'arrachage des pommes de terre pour assurer le ravitaillement pendant l'hiver.

 

 

 

Sources utilisées

 

- Souvenirs de Georges Choffel parus dans le Bulletin Municipal et dans le Bulletin de la Haute Moselle n° 15

- Souvenirs d'une habitante du centre qui a souhaité rester anonyme.

(à paraître intégralement dans le Bulletin de la Haute Moselle  consacrée à la Libération).

- G Fleury Le 1er Régiment de Chasseurs parachutistes Tome1 Lavanzelle 1982

- Historique anonyme du 1er RCP Chapitre Vosges 2-21 octobre 1944

- Archives du Ménil. Témoignages divers.

 

Plusieurs "Guédons" se sont distingués pendant cette période et ont mérité des citations à l'ordre des unités combattantes de la région.

 

3e DIA Le 25.11.1944 René Huguel – ouvrier au Ménil-Thillot

"Modèle de courage et de dévouement : a conduit dans nos lignes au péril de sa vie de nombreuses femmes et enfants de Le Ménil-Thillot et Bussang ; à donner des renseignements précieux sur les garnisons allemandes.

Dans la nuit du 3 au 4 novembre, à l'est du ménil, avec un mépris absolu du danger, a conduit un groupe franc de Goumiers jusqu'à une ferme tenue part les Allemands, lui permettant de faire 15 prisonniers ; a continué sa mission lors du décrochage malgré le tir des armes automatiques et les obus de mortiers de l'adversaire."

Le Général Guillaume lui attribue la Croix de Guerre avec Etoile d'Argent dès le 28 novembre 1944.

 

 

3e DIA Le 28 mars 1945 Maria Chevrier du Ménil

 

"Le 23 novembre 1944, au Col de Morbieux, a accepté avec une magnifique simplicité de se rendre dans les lignes ennemies pour reconnaître et déterminer la densité d'occupation des positions de l'adversaire dans la vallée des Granges… (texte illisible)…. Renseignements qui facilitèrent grandement notre action ultérieure. A donné en cette occasion aux Goumiers qui la conduisirent jusqu'à la limite de nos lignes, un bel exemple de l'énergie et du courage des femmes françaises".

 

Attribution de la Croix de Guerre avec Etoile d'argent.

 

3e RTA 24 juin 1945 Louis Maurice Adjoint au Maire du Ménil-Thillot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous ne saurions clore cette liste sans évoquer Camille Louis dont l'héroïque conduite pendant l'occupation fut récompensée par la Légion d'Honneur en 1955. La citation était la suivante :

 

"Joignant à ses qualités d'ancien combattant de 1914-1918 celles de résistant de 1940, a pris une part active à la lutte clandestine menée contre l'envahisseur. Après avoir travaillé de sa propre initiative, a accepté en avril 1943 les fonctions de Chef de centre du Ménil dans lesquelles il s'est révélé un organisateur de classe.

Comme adjoint à son chef de groupement, a déployé une activité de tous les instants dans la recherche de terrains de parachutage, les liaisons et le transport de matériel.

 

Arrêté le 06 octobre 1943, a résisté à tous les interrogatoires. Condamné pour diffusion de tracts anti-allemands, délivré à l'arrivée des troupes alliées, a rejoint immédiatement son groupement pour poursuivre la lutte.

Arrêté de nouveau et incarcéré à Mulhouse, libéré par les troupes françaises, est rentré au Ménil…" (Liberté de l'Est 4 Février 1955)

 

J.A. MORIZOT